Faille Wi-Fi Broadcom (WPSplinter) : un pirate stationné devant le bureau suffit
Une voiture est garée devant votre bureau depuis vingt minutes. Le conducteur a un portable sur les genoux. Il ne connaît pas votre mot de passe Wi-Fi et n’en a pas besoin : votre routeur va lui ouvrir la porte tout seul.
C’est le scénario que décrit la faille Wi-Fi Broadcom présentée le 16 octobre 2026 à la conférence Hexacon, à Paris, par le chercheur Quentin Kaiser. Baptisée WPSplinter, elle touche l’ancienne mise en œuvre du WPS (la fonction « bouton pour connecter un appareil ») dans les puces Wi-Fi de Broadcom, utilisées par des dizaines de fabricants. Et pour une partie des appareils, il n’y aura jamais de correctif.
Comment la faille Wi-Fi Broadcom s’exploite, de la rue au routeur
Dans la rue ou le stationnement
Le pirate n’a besoin que d’être à portée de votre Wi-Fi : un portable dans une voiture garée devant suffit. Aucun mot de passe Wi-Fi requis.
Dans le signal Wi-Fi
Il envoie des messages WPS (la fonction « bouton pour se connecter ») volontairement mal formés, avant même toute connexion normale.
Dans le routeur
La mémoire déborde : il peut lire des données de l’appareil ou y exécuter son propre code. En démonstration, le chercheur a extrait le mot de passe Wi-Fi et rejoint le réseau.
Une fois le routeur contrôlé, tout ce qui passe par lui est à portée : le trafic de vos postes, vos imprimantes, parfois votre serveur de fichiers. Le chercheur n’a signalé aucune attaque réelle à ce jour, mais il estime qu’environ 1,56 million de routeurs pourraient être touchés en Belgique seulement.
Des modèles pour petites entreprises sur la liste
Ce n’est pas qu’une affaire de fournisseurs Internet européens. La liste publiée par le chercheur, qu’il qualifie lui-même d’incomplète, comprend des marques vendues partout, dont des routeurs et des bornes Cisco conçus pour les petites entreprises.
| Fabricant | Modèles cités (extraits) | Statut selon la liste |
|---|---|---|
| Cisco (petites entreprises) | Routeurs RV110W, RV130W, RV215W, RV340W; bornes WAP121, WAP125, WAP150, WAP361, WAP371, WAP571, WAP571E, WAP581 | Confirmé |
| TP-Link | Archer C3150, Archer C5400, VR600, VR900, VR1600, VR2800 | Confirmé |
| ARRIS | SURFboard AC1200 | Toutes les versions listées |
| Netgear | CG3100, CG3700B (modems-routeurs câble) | Confirmé |
| Nokia, ZTE, Sagemcom | Passerelles fournies par des fournisseurs Internet (G-240W, F680, F@ST…) | Confirmé, micrologiciel variable |
| Huawei, Tenda | B310, B315, B593, WS880; D301, N300 | Signalé, à vérifier |
Extrait de la liste publique WPSplinter. Selon le chercheur, une puce Broadcom ne veut pas dire que l’appareil est vulnérable, et un modèle listé peut varier selon sa révision et son micrologiciel.
Ce qu’on sait, ce qu’on ignore
✔️ Ce qu’on sait
- La faille est dans le traitement WPS de l’ancienne pile Wi-Fi de Broadcom (eCos et Linux).
- Elle se déclenche à distance par Wi-Fi, sans le mot de passe du réseau.
- Des exploits fonctionnels ont été démontrés sur des passerelles de trois des quatre grands fournisseurs Internet belges.
- Les plateformes eCos (BCM3380, BCM3383, BCM33834) n’ont pas de correctif prévu : une faille « éternelle ».
❓ Ce qu’on ignore encore
- Combien d’appareils sont touchés au Canada : la liste est incomplète et aucun fournisseur canadien n’y figure à ce jour.
- Si désactiver WPS suffit : le chercheur conseille de ne pas le présumer.
- Si des pirates l’exploitent déjà : aucune attaque réelle n’a été signalée.
- Quels fabricants publieront un micrologiciel corrigé, et quand.
Votre routeur : trois cas, trois réponses
Le vrai sujet : votre routeur a une date de péremption
Broadcom a refusé d’attribuer un numéro CVE, ce qui explique en partie pourquoi tant de fabricants n’ont rien corrigé : sans numéro, la faille n’apparaît dans aucun outil de suivi. Si votre appareil n’est plus pris en charge par son fabricant, aucun correctif ne viendra. Un routeur, c’est comme un pare-feu : il a une fin de vie, et elle doit être inscrite quelque part, comme on l’a vu avec FortiBleed et les pare-feu Fortinet.
Deuxième leçon : le mot de passe Wi-Fi n’est pas une frontière suffisante. Dans la démonstration, il a été lu directement dans la mémoire du routeur. Ce qui protège vraiment, c’est la séparation : Wi-Fi invités à part, appareils connectés à part, et un pare-feu entre le Wi-Fi et ce qui compte.
5 questions à poser à votre fournisseur Internet ou TI cette semaine
- ❓ Quel est le modèle exact et la version du micrologiciel de notre routeur et de nos bornes Wi-Fi?
- ❓ Ces appareils sont-ils touchés par la faille WPSplinter, et un correctif est-il prévu?
- ❓ Jusqu’à quand le fabricant fournit-il des mises à jour pour ces appareils?
- ❓ Notre Wi-Fi invités est-il vraiment séparé de nos postes, de nos imprimantes et de nos serveurs?
- ❓ Si quelqu’un obtenait notre mot de passe Wi-Fi demain, que pourrait-il atteindre?
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Sources
- WPSplinter : page publique de la recherche de Quentin Kaiser (liste d’appareils et FAQ) (en anglais)
- Quentin Kaiser : One Parser, Two Bugs, Many Routers (16 octobre 2026) (en anglais)
- The Register : Broadcom Wi-Fi bug turns sweet 16, still lets strangers hijack your router (19 octobre 2026) (en anglais)
Photo : Jakub Zerdzicki, Pexels (licence Pexels).